Le Trismus 37 est l’un des voiliers de voyage les plus respectés de la plaisance française : né d’une conception californienne et mis en œuvre par le bureau d’études Brouns/Van Godtsenhoven, ce dériveur lesté conjugue accessibilité côtière et sérieux hauturier. « L’Écharpe de Vénus », coque n°58 construite en 1984, bénéficie d’un entretien rigoureux et continu. Expertisée en avril 2026 par Azur Expertise Maritime sans aucune réserve, valorisée à 40 000 € par l’expert, elle est prête à naviguer immédiatement — en cabotage méditerranéen comme en hauturier. Un mouillage sur corps mort dans la baie de Hyères est transmissible.
| Modèle → Trismus 37| Architecte → Morgan Embroden (USA) — bureau Brouns/Van Godtsenhoven| Construction → Amateur — Yves Michel, 1984| Numéro de coque → 58| Longueur hors tout → 11,20 m || Largeur max → 3,50 m| Tirant d’eau (quille) → 0,97 m| Tirant d’eau (dérive basse) → 1,95 m| Déplacement → 6,2 T| Surface de voilure → 73 m²| Gréement → Cotre à dérive lestée — quille longue| Matériaux → Sandwich balsa/polyéster| Motorisation → Perkins M50 — 50 cv (36,06 kW)| Réservoir gasoil → 250 l| Eau douce → 3 réservoirs inter-connectables : 100 l + 200 l + 250 l| Eau grise → 150 l| Eau noire → 60 l| Port d’attache → Hyères (Var)| Expertise 2026 → 40 000 € (sans réserve)
Il y a des bateaux que l’on achète, et des bateaux qui vous choisissent. Le Trismus 37 appartient résolument à la seconde catégorie. Né dans l’esprit d’un architecte californien qui rêvait de liberté maritime, ce dériveur lesté à quille longue a traversé les décennies sans jamais perdre son aura — celle d’un voilier de mer véritable, à la fois accessible et exigeant, capable d’aller là où d’autres n’osent pas s’aventurer.
Tout commence sur la côte Pacifique américaine, au début des années soixante-dix. Morgan Embroden, architecte naval agréé par l’État de Californie, nourrit un rêve simple et profond : concevoir le voilier idéal pour naviguer en famille, pour partir au long cours, pour mettre la barre cap à l’horizon sans regarder en arrière. Pour y parvenir, il n’invente rien — il perfectionne. Il s’appuie sur l’un de ses propres chefs-d’œuvre, le Teacher’s Pet, un 32 pieds qui avait remporté la Transpacifique dans sa classe en 1972. À partir de cette carène éprouvée, Embroden porte l’étude à 37 pieds et soumet sa maquette aux essais du bassin de carènes de San Diego. C’est après cette validation rigoureuse qu’il choisit ce voilier pour son propre usage.
Patrick Van Godtsenhoven, séduit par le projet, rentre en France avec les couples taillés dans du carton et quelques croquis — mais sans plan complet. Les Chantiers Navals d’Herbignac, en Loire-Atlantique, relèvent le défi : à partir des couples, ils construisent un mannequin, tirent un moule, et lancent une petite série. Les plans n’existent qu’après coup. Cette démarche, à rebours de la logique industrielle ordinaire, confère au Trismus 37 une singularité fondatrice : c’est un bateau construit à partir de la conviction d’un marin, pas d’un cahier des charges commercial.
Après la fermeture du chantier d’Herbignac, les moules passent aux mains de constructeurs amateurs, sous la supervision du bureau d’études Trismus fondé par Jean-Pierre Brouns et Patrick Van Godtsenhoven. Plus de 350 exemplaires verront le jour, chacun portant la marque de son constructeur — et son âme propre.
Dans les mouillages bretons, sur les rades varois ou dans les criques corses, le Trismus 37 s’est taillé une réputation discrète mais solide. Ceux qui le connaissent en parlent avec une affection teintée de respect : c’est un bateau qui ne triche pas. Son tirant d’eau variable — moins d’un mètre quille relevée, près de deux mètres dérive basse — lui ouvre des mouillages interdits aux quillards classiques, tout en lui assurant une stabilité de cap qui surprend agréablement au premier bord.
Sur les forums nautiques spécialisés, le même témoignage revient régulièrement : le Trismus 37 est prévisible dans sa gîte, sain au portant, et capable de tenir le près serré avec une efficacité qui dément son apparente légèreté. Ses propriétaires soulignent également la solidité de la construction en sandwich balsa — une technique qui, bien entretenue, résiste aux années avec une constance remarquable. Nombreux sont les Trismus 37 en circulation à afficher plus de quarante ans d’existence sans jamais avoir connu de travaux de fond sur leur carène.
La silhouette du Trismus 37 est aussi l’une de ses marques de fabrique : son grand carré lumineux, ses panneaux de toit en plexiglas et son cockpit protégé en font un bateau habitable dont l’intérieur évoque davantage une maison flottante qu’un engin de régates. C’est précisément cette générosité habitacle qui a forgé sa légende parmi les navigateurs au long cours.
Aujourd’hui encore, les fils de discussion consacrés au Trismus 37 sur les grandes communautés nautiques françaises témoignent d’un engouement intact. Les acheteurs potentiels qui cherchent un voilier hauturier de moins de 12 mètres, économique à l’entretien et capable d’accéder aux mouillages peu profonds, reviennent régulièrement sur ce modèle. La cote des exemplaires bien entretenus est orientée à la hausse, portée par une demande croissante de voiliers « vrais » — robustes, polyvalents, sans électronique superflue.
Les rares critiques formulées portent sur la diversité des intérieurs, qui varie selon les constructeurs amateurs, et sur la puissance moteur parfois jugée juste pour les longues traversées contre vents et courants. Mais pour les marins qui savent lire la mer et utiliser leurs voiles, ces réserves sont balayées par l’essentiel : un bateau sain, marin, économique, et attachant comme peu d’autres.
Le Trismus 37 incarne une certaine idée de la liberté maritime : celle du navigateur qui ne veut dépendre ni des grandes profondeurs, ni des infrastructures portuaires, ni d’un équipage nombreux. Avec sa quille longue à échouage plat, son gréement cotre simple et efficace, et son intérieur lumineux et fonctionnel, il répond à l’aspiration des marins qui veulent partir loin, simplement, avec un bateau qu’ils comprennent et maîtrisent.
Ceux qui l’adoptent ne le revendent guère. Le Trismus 37 finit par définir le style de navigation de son propriétaire, autant que son propriétaire le façonne au fil des milles. C’est là la marque des vrais bateaux de mer — ceux qui ne sont pas de simples outils, mais des compagnons de route.
Naviguer sur un Trismus 37, c’est choisir un héritage. Celui d’un architecte californien qui rêvait, d’un chantier breton qui osait, et de générations de marins qui ont su reconnaître, dans cette carène discrète, l’étoffe d’un grand voilier.
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